• Askell Drone Prod

Filmer en mer avec un drone


Filmer en mer donne des images magnifiques, au même titre qu'à "terre" mais, et oui, il y a un MAIS, elles sont souvent plus belles pour celui qui les a filmées, les difficultés de filmer en mer étant plus fréquentes, l'opérateur se retrouve soulagé une fois à terre et se dit très souvent que ça valait vraiment le coup de se retrouver dans des conditions si dures.


Je parlerais plus des vols effectués au dessus de la mer que sur un lac par exemple et surtout, en décollant d'un bateau.

Le but de cet article est de faire le point sur les différentes exigences à suivre pour que tout se réalise comme il le faut.


Filmer au dessus de l'eau, que se soit en mer ou sur un plan d'eau "classique" est plus risqué car le moindre problème électronique, et c'est la perte TOTALE du drone (et des rushs fraichement enregistrés).


La réglementation


Avant décembre 2016, il était interdit de filmer à partir d'un bateau en mouvement (comme à partir d'un véhicule en fait), nous devions donc, faire en sorte que le bateau à partir duquel nous décollions, soit ancré (et donc avoir des plans quelque peu limités).

Depuis janvier 2017 donc, nous avons l'autorisation d'effectuer des vols à partir d'un bateau en mouvement (par contre, c'est toujours interdit à partir d'un véhicule en mouvement ... et oui !!!!).


En mer, il y a aussi des restrictions aéronautiques. Vous pouvez très bien être au large d'une côte et être intégré dans une CTR (par exemple) mais aussi, suivant le secteur de vol, en D18A ou B (autre exemple).

Tout ceci entraine une mise en place de protocoles et toutes les restrictions qui en découlent.


En Bretagne, on est pas mal servit avec ces restrictions, entre la D18 qui couvre l'ensemble de notre belle région et ceci à partir de Bréhat (il faut savoir que cette D18 s'étend de Bréhat à l'embouchure de la Gironde).


Vue d'une partie de la D18A

Restrictions drone D18 Bretagne

Mais il y a aussi les zones de la pointe Finistère avec la P112 (BREST), Ile Longue (nucléaire) Lanvéoc (aéronavale)


Restrictions drone pointe Finistère

et dans le même genre, Lorient avec la base militaire, la D18A, l'aéroport de Lorient LANN-BIHOUE etc...


Restrictions drone aun large de Lorient

Mais il y a aussi des zones comme St Malo, Dinard, St Briac et jusqu'à St Cast qui sont intégrées dans la CTR de l'aéroport de Dinard (ce qui est trop souvent oublié).



Restrictions drone baie de St Malo

Tout ceci pour rappeler que ce n'est pas parce qu'on est en mer, qu'il n'y a pas de restrictions aéronautiques.

Il faut donc anticiper pour connaître les zones d'évolutions prévues par les clients, filmer un bateau de pêche au large de la côte Bretonne entraine quelques préparations et échanges avec le client, le marin pêcheur, le bateau "suiveur" pour savoir si un protocole doit être mis en place.


Les réglages


Eh oui, voler en mer, demande une certaine préparation technique afin de régler convenablement le drone.


Je ne vais pas passer sur tous les réglages à faire mais survoler les principaux, pour moi les plus essentiels.

Premièrement, parlons de la calibration compas, un réglage essentiel mais que j'effectue à terre, avant d'embarquer, les problèmes de calibration étant fréquents à bord d'un bateau.


Ensuite, je supprime TOUS les réglages d'assistance avec capteurs (en fait, je ne les utilise jamais...), ces capteurs sont sensibles et le moindre reflet de l'eau peut les perturber (pour les capteurs inférieurs principalement).

Je supprime les limites de distances, et oui, ça peut paraître bizarre mais en mer, on est vite pris par le fait d'avoir de l'espace, et peut vite se retrouver en limite de distance ce qui peut entrainer des problèmes de comportement, donc tout en faisant attention à la distance qu'il y a entre mon drone et moi, je préfère ne pas mettre de limite de distance.


La météo


La météo peut devenir plus contraignante lorsqu'on évolue en mer.

Les drones sont tellement efficaces qu'on aurait tendance à oublier d'intégrer la météo dans les risques potentiels, mais, si le vent peut avoir des incidences limitées à terre, en mer, le vent apporte très souvent son lot de contraintes directement liées, de la houle principalement.

Cette houle entraîne un tangage éventuellement important suivant l'orientation du vent, les fonds au dessus desquels se trouve le bateau, du courant sur zone au moment de l'activité et bien sur sa force.

Un tangage plus ou moins important du bateau complique d'autant plus le pilotage (à-coups sur les commandes, équilibre incertain etc ...).

Il est donc important de faire le point météo le plus précis possible, pour ceci, j'utilise deux ou trois applications ciblées "météo marine".


Exemple du visuel de l'application METEO CONSULT




La technique


Pour assurer un vol à vue, je fais très souvent appel à quelqu'un pour m'assister, soit le pilote du bateau soit une personne tierce, présente à bord (je préfère cette option) et je fais en sorte, dans la mesure du possible, d'avoir une liaison HF avec mon "spoteur" pour faciliter les échanges (surtout dans les phases de décollage et atterrissage).

Je privilégie d'être à bord d'un bateau "suiveur" pour deux raisons, la première, ne pas être visible sur les images (c'est préférable si on est pas le sujet) car mis à part le fait de piloter, cacher dans une cabine (ce qui entraine très souvent des problèmes de réceptions, de compas .....) il est difficile d'être invisible à bord d'un bateau, la seconde, suivant le type de bateau à filmer, il est plus facile d'anticiper sur les phases de décollage et atterrissage en mettant la machine à zéro.


Certains ont dû visionner des vidéos drone de la Volvo Ocean Race, elles sont impressionnantes, il faut l'avouer, mais les risques de pertes du drone sont plus importantes, et je préfère limiter les risques......


Pour effectuer un décollage dans les meilleures conditions, je fais décoller mon drone à la main.

Décoller du pont d'un bateau peut vite devenir catastrophique, même en ayant anticipé les risques. A part se retrouver sur un plan d'eau sans une seule vague (ce qui est rare malgré tout), au moment du décollage vous n'êtes pas à l'abri que le bateau effectue un mouvement (de haut en bas par exemple) entrainant, toujours dans cette phase de décollage une ascension du drone sur une parfaite verticalité mais un risque de retrouver en contact avec le bastingage, la cabine etc.... (et là, c'est l'expérience qui parle, il y a du vécu).

Pour ceci, je laisse le drone sur le pont lors de la phase d'initialisation et le prends ensuite à la mains afin d'effectuer le démarrage des moteurs (le drone dans la main droite, mise ne route avec action sur les deux sticks en même temps avec la mains gauche) et la première ascension (le décollage donc). Pour ceci, le harnais est essentiel.


Pour la phase d'atterrissage, je demande systématiquement au pilote du bateau de mettre la machine à zéro, que le bateau soit à peu près à l'arrêt, ensuite, c'est une histoire de pilotage, il faut gérer la bonne approche en fonction du vent, des mouvements du bateau soit en positionnant le drone à la verticale et effectuer une descente, soit le positionner à la hauteur désirée et d'effectuer une approche.

Attention, il est important, dans ces deux phases (décollage et atterrissage) de bien tendre le bras qui tient ou réceptionne le drone, ça permet de limiter les risques liés à la rotation des hélices (on peut même s'équiper de gants mais moi je n'aime pas, je préfère bien sentir à la fois le drone et la radio commande).

Petite info supplémentaire, la coupure des moteurs lors de l'atterrissage peut être compliquée, le drone contrôlant le fait d'être bien "à plat" il peut avoir une envie soudaine de remettre les gaz, estimant qu'il n'est pas en bonne position pour couper les moteurs. Si cela vous arrive, ne lâchez pas le train, repositionnez-vous et faite en sorte que le drone soit le plus plat possible et reprenez la procédure avec le stick de gauche (pour rappel, stick vers le bas et maintenu).


Récupération d'un drone à l'atterrissage en mer


Pour être plus à l'aise, il est donc fortement conseillé d'avoir un minimum le pied marin, suivant le bateau, le ressenti n'est pas le même, et même un marin aguerri peut avoir le mal de mer (et oui...)


Pour finir la partie technique, ATTENTION aux projections d'eau, n'oubliez pas que le drone est sensible à l'humidité mais en mer, il y a aussi le sel et ce n'est pas le meilleur ami de nos multi rotors......... pensez à bien ranger votre matos dès que vous avez effectué un déplacement avec le bateau (pour rejoindre une zone d'activité, pour rentrer au port, etc..).


Une fois de retour à terre, j'effectue un nettoyage systématique de la radio et du drone avec une lingette pour retirer tous résiduels de sel.


La prise de vue


Comme évoqué au début de cet article, les vues effectuées en mer sont souvent plus gratifiantes, surement parce que l'environnement est malgré tout quelque peu plus hostile, que les risques de pertes de l'outil de captation (le drone donc) sont plus importants, bref, une fois qu'on revisionne les images, on adore.

L'espace autour de nous étant plus vaste (suivant les hauteurs de vol et les "sujets" à filmer), une fois en l'air, on est plus à l'aise sur la gestion de l'environnement, les risques sont toujours présent (les mats, le haubanage, etc..) mais pas d'arbre, de bâtiment à proximité.


Attention, chose importante, l'utilisation d'un filtre ND. En mer, (au dessus de l'eau en général) les reflets sont très fréquents, l'utilisation d'un filtre plus ou moins important est donc nécessaire, ça évite les mauvaises surprises lors du visionnaire des rushs.






Conclusion


Je n'ai pas pour prétention d'être le meilleur pour les prises de vues en mer, sur ce point, j'en connais de très très bon, surtout sur le côté, à l'aise et un peu "fous", et les images parlent d'elles mêmes mais je me défends (séance auto congratulations ..... c'est pas interdit !).

Je prends toujours un plaisir à livrer des vues effectuées en mer, mais cela reste un exercice spécifique qui demande une certaine expérience.


En faisant cet article, je voulais juste faire comprendre que filmer en mer, ne se fait pas comme ça, à la va vite !, cela demande une préparation, de respecter la réglementation, d'anticiper sur la météo (comme lors d'une sortie en mer "classique") et surtout d'avoir un minimum le pied marin (la journée peut vite devenir longue et compliquée lorsqu'on a le mal de mer). J'ai une bonne expérience du milieu nautique mais je reste pour autant, très vigilant, avec la mer, il faut savoir rester humble.




873 vues